L’art de la chute version rock’n’roll

Las d'être cantonné à imiter son idole Elvis dans des galas de charité en Californie, Maurice Holden n'a pas 20 ans quand il débarque à Londres pour y propager le rock'n'roll. Il est bien décidé à conquérir l'Angleterre où il a passé les dix premières années de sa vie avant que ses parents n'émigrent aux States. Il s'entoure de bons musiciens, les Playboys, avec qui il reprend les standards rock américains et adopte un pseudo: Vince Taylor.

Après quelques concerts et passages à la télé, il enregistre un premier 45T en 1958 et l'année suivante, un second. Si la face A de son deuxième single, Pledgin' my love est une déclaration d'amour éternel, la face B, Brand New Cadillac, composée par Vince Taylor lui-même, évoque une trahison : sa nana se tire au volant du dernier modèle de chez Cadillac, et malgré ses supplications, jamais elle ne reviendra ! C'est peut-être une métaphore de ce qu'il vit à cette époque quand il s'aperçoit que sa femme, avec laquelle il a eu deux gosses et qui se disait danseuse classique est en réalité stripteaseuse. Dégoûté, il demande le divorce.

Lors d'une tournée en France, accueilli par une hystérie sans pareille, il décide d'y rester. Avec son jeu de scène électrisant et son look de Bad Boy, il incarne un rock dur mystique qui déplace les foules. Mais ses concerts qui tournent souvent à l'émeute ne sont pas du goût des pouvoirs publics. La presse l'étrille, les organisateurs de concert se désistent. Et bien qu'il soit très apprécié du public, ses disques ne se vendent pas.

Prisonnier de son image, déprimé, il boit comme un trou et est de plus en plus ingérable. Son groupe se délite. Sans ressources, il dort dans des caves, squatte chez les fans puis trouve refuge chez les hippies où il découvre la drogue. Après quelques épisodes psychotiques, il sera interné en 1966 sur demande d'un tiers en hôpital psychiatrique où il fera plusieurs séjours. Le reste de sa carrière n'est plus qu'une longue déchéance que de nombreux retours, plus ou moins réussis, ne sauvent qu'épisodiquement.

Il finit par trouver la paix avec sa dernière compagne en Suisse où il s'occupe de la maintenance d'avions, son autre passion. Ce répit sera bref : un cancer des os l'emporte à l'âge de 52 ans.

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